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Marrakech vue de l'étranger

Le minaret de la Koutoubia et les toits de Marrakech
Le minaret de la Koutoubia et les toits de Marrakech. Photo Valentin Vesa sur Pexels
En deux mots

À Marrakech, ce n'est pas le bien qui commande, c'est le calendrier. La ville vit sur deux pics touristiques, le printemps et l'automne, un creux de chaleur en plein été et un réveillon très demandé. Un riad en médina et un appartement à Guéliz ne visent ni la même clientèle, ni les mêmes mois, ni le même niveau de gestion.

La saison
Deux pics, printemps et automne, plus le réveillon
Ce qui se loue le mieux
Le riad restauré et l'appartement avec piscine
Le risque n°1
Un bien de médina au titre foncier incertain
L'interlocuteur clé
Celui qui a le double des clés et qui décroche

Marrakech est la ville que tout le monde connaît avant d'y avoir mis les pieds. C'est précisément le problème : on y achète souvent une image, un patio, un bougainvillier sur une photo prise en avril. La ville réelle est autre chose. C'est un marché saisonnier très marqué, où un même appartement peut être plein six semaines et vide trois, et où un riad magnifique peut coûter plus cher à entretenir qu'il ne rapporte si personne ne le fait vivre entre deux clients.

Pourquoi Marrakech ne se loue pas de la même façon selon le mois ?

La ville a un climat qui écrit son calendrier. De mars à mai, puis de septembre à novembre, il fait beau sans être écrasant : c'est la période des séjours touristiques, des séminaires d'entreprise, des mariages et des groupes. En juillet et en août, la chaleur devient le sujet principal, une partie de la clientèle européenne s'en détourne et la demande change de nature : ce sont les familles marocaines, les MRE de retour et ceux qui veulent une piscine, pas une terrasse plein soleil.

L'hiver n'est pas creux, il est différent. Les fêtes de fin d'année comptent parmi les dates les plus demandées de l'année, réservées longtemps à l'avance, et janvier comme février attirent les longs séjours de ceux qui viennent chercher un soleil d'hiver et parfois la neige de l'Oukaïmeden, dans le Haut Atlas, à une petite route de là.

À cela s'ajoutent des rendez-vous qui remplissent la ville sur quelques jours : le marathon international en début d'année, le festival international du film en fin d'année, les congrès du palais des congrès dans l'Hivernage. Et il y a le Ramadan, qui ralentit franchement le rythme touristique avant que l'Aïd ne le relance. Un propriétaire qui vit à l'étranger doit connaître ce calendrier par cœur, parce que c'est lui qui décide de la moitié de son année.

Riad en médina ou appartement en ville nouvelle, qu'est-ce qui change vraiment ?

Un riad, c'est une maison à patio, des murs mitoyens, un toit-terrasse, et une adresse dans un derb où la voiture n'entre pas. Le client qui le réserve vient chercher exactement ça. En contrepartie, tout y est plus lourd : le portage des bagages à la charrette depuis le parking le plus proche, la restauration à l'ancienne avec des artisans, le tadelakt et le zellige qui demandent des mains spécialisées, l'humidité qui remonte, la terrasse qui s'infiltre, et le voisin dont le mur est aussi le tien.

La médina de Marrakech est par ailleurs un ensemble inscrit au patrimoine mondial, ce qui encadre ce qu'on a le droit de faire sur une façade ou sur une hauteur. Ce n'est pas un détail : des travaux qui te sembleraient évidents ailleurs demandent ici une autorisation, et un vendeur qui te promet qu'on peut « tout ouvrir » raconte parfois une histoire.

Un appartement à Guéliz, dans l'Hivernage ou à Targa, c'est l'inverse : accès en voiture, ascenseur ou pas, syndic, charges, piscine collective éventuelle, et une clientèle plus large parce qu'elle inclut aussi les longs séjours et les locataires à l'année. La gestion est nettement plus simple à distance. La contrepartie, c'est que tu es dans un marché plus banal, où le bien se distingue moins.

Quel quartier pour quel locataire ?

Marrakech ne se raisonne pas à l'échelle de la ville mais à l'échelle du quartier, et parfois du derb. Deux biens séparés de quelques centaines de mètres peuvent viser des publics qui n'ont rien à voir. Le tableau ci-dessous donne la carte utile pour quelqu'un qui achète sans pouvoir traverser la ville à pied.

Une règle avant de le lire : ce que tu comptes faire du bien doit être décidé avant de choisir le quartier, jamais l'inverse. Un bien acheté « parce que c'est joli » et loué « on verra comment » est le scénario le plus courant, et le plus décevant.

Les quartiers de Marrakech, ce qu'on y trouve et à qui ils conviennent
QuartierCe qu'on y trouveQui y loueLe point de vigilance
Médina : Mouassine, Dar el Bacha, Riad Zitoun, KasbahRiads et dars à patio, murs mitoyens, toits-terrasses, ruelles sans voitureTouristes étrangers en séjour court, tournages, séjours de groupeTitres fonciers souvent complexes, travaux encadrés
GuélizLa ville nouvelle, immeubles, commerces, restaurants, marché centralLongs séjours d'hiver, cadres, locataires à l'année, télétravailleursImmeubles anciens sans ascenseur, syndics très inégaux
HivernageHôtels, palais des congrès, résidences fermées avec piscine et gardiennageClientèle de congrès et de séjours haut de gamme, courts séjours festifsCharges de résidence lourdes, règlements de copropriété restrictifs
Palmeraie, route de l'Ourika, route d'AmizmizVillas avec jardin et piscine, résidences hors du tissu urbain, golfsGroupes, familles nombreuses, événements privés, séjours entre amisTout dépend de la voiture, entretien permanent du jardin
Targa, Agdal, SemlaliaRésidentiel de familles marocaines, écoles, commerces de proximitéLocataires à l'année, familles, professions libérales, enseignantsPeu de demande de séjour, l'équation se joue sur le bail long
Massira, M'hamid, DaoudiateQuartiers populaires et étudiants, proximité des campus universitairesÉtudiants, jeunes actifs, colocations, budgets serrésRotation forte, gestion chronophage quand on est loin
Sidi GhanemAncienne zone d'ateliers devenue pôle de design, showrooms et artisanatActivités et marques, très peu d'habitationVérifier la destination des locaux avant tout projet

Qui ouvre la porte quand tu n'es pas là ?

C'est la question qui décide de tout à Marrakech, plus qu'ailleurs, parce que la ville tourne sur des séjours courts. Un client qui atterrit à l'aéroport Ménara à 23 h doit trouver quelqu'un devant la porte. Un chauffe-eau qui lâche un vendredi doit être remplacé le samedi, pas le lundi. Le portage des bagages en médina, l'accueil, le ménage entre deux séjours, la déclaration des voyageurs, tout cela demande une présence physique et régulière.

Autour de toi, la ville est bien fournie : notaires et adouls, syndics, entreprises de ménage, artisans de tous les corps de métier, sociétés de gestion locative de toutes tailles, régie de l'eau et de l'électricité, arrondissements qui traitent les taxes locales. Ce qui manque le plus souvent, ce n'est pas le prestataire, c'est le cadre : un mandat écrit, un compte séparé, des comptes rendus datés, un inventaire du mobilier.

Le sujet est traité en entier dans le dossier gérer son bien de loin, et pour la location de séjour dans louer en courte durée de loin.

Quelles contraintes matérielles sont propres à Marrakech ?

Trois éléments abîment les biens ici : la poussière, le soleil et l'eau. La poussière rouge s'installe partout dès qu'un logement reste fermé, et elle attaque les textiles, les climatiseurs et les filtres de piscine. Le soleil détruit le mobilier d'extérieur, les stores et les peintures de terrasse en une saison si personne ne protège rien. L'eau, elle, arrive par le haut : une terrasse mal étanchée en médina finit dans le plafond du voisin, et c'est le genre de litige qui se règle très mal à distance.

Côté services, l'eau et l'électricité sont distribuées par la régie autonome de la ville. Retiens deux choses concrètes : la mise en service ou le changement de nom d'un compteur demande des pièces et un passage physique, et une facture impayée par le vendeur peut te suivre. Demande les dernières factures avant l'acte, comme tu demandes le quitus du syndic.

Enfin, la piscine. Elle vend le séjour, elle ne se garde pas toute seule. Une piscine sans entretien hebdomadaire vire en quelques jours l'été. Si ton budget de gestion ne prévoit pas son traitement, mieux vaut un bien sans piscine qu'un bien avec une piscine verte sur les photos des clients.

Quels pièges guettent celui qui achète sans venir ?

Le premier est juridique : en médina, beaucoup de biens sont non immatriculés, détenus en indivision par une fratrie entière, ou vendus par un seul héritier qui parle au nom des autres. Le riad de rêve est parfois surtout un dossier qui n'est pas mûr. Les vérifications à faire sont les mêmes que partout, elles sont listées dans acheter à distance, mais elles sont ici encore plus systématiquement nécessaires.

Le deuxième est de surface et d'accès. Une annonce compte parfois le patio et la terrasse dans la surface, ce qui gonfle les mètres carrés d'une manière que la photo ne trahit pas. Et l'accès se mesure en minutes de marche depuis le point où un véhicule peut s'arrêter, pas en mètres à vol d'oiseau. Fais mesurer les deux par quelqu'un que tu paies.

Le troisième est réglementaire. Recevoir des voyageurs suppose de les déclarer, et exploiter une maison d'hôtes en médina relève d'un classement et d'autorisations qui ne s'improvisent pas. Un vendeur qui te dit que le riad « tourne déjà en maison d'hôtes » doit pouvoir montrer les papiers correspondants. S'il ne les a pas, ce n'est pas une maison d'hôtes, c'est une maison qui reçoit des gens.

Le test des trois mois

Avant d'acheter à Marrakech, prends ton bien imaginaire et raconte trois mois : un mois de haute saison, le mois d'août, et février. Qui l'occupe, à quel rythme, qui fait le ménage, qui paie l'eau, qui arrose. Si tu n'as pas de réponse pour les trois, tu n'as pas encore un projet, tu as une envie.

Où vérifier par toi-même

Ce qu'on nous demande le plus

Un riad en médina est-il un bon achat quand on vit à l'étranger ?

C'est le bien qui rapporte le plus quand il est bien géré, et celui qui coûte le plus quand il ne l'est pas. Il demande une présence quasi quotidienne : accueil, portage, ménage, entretien. Si tu n'as pas d'équipe sur place et un budget d'entretien annuel, un appartement en ville nouvelle est un choix plus honnête.

Quels sont les mois les plus creux à Marrakech ?

Le plein été est la période la plus délicate pour la clientèle étrangère, à cause de la chaleur, et le Ramadan ralentit le rythme touristique selon l'année où il tombe. Ces creux ne sont pas des mois vides : ils changent de public. Un bien avec piscine et climatisation garde une demande marocaine et MRE en août.

Faut-il une autorisation pour recevoir des voyageurs chez soi ?

Recevoir des voyageurs suppose de les déclarer aux autorités, et exploiter un établissement de type maison d'hôtes relève d'un classement et d'autorisations. Les règles évoluent et diffèrent selon le type de bien et son emplacement. Fais qualifier ta situation exacte par un professionnel avant de démarrer, pas après.

La médina est-elle accessible en voiture ?

Non, pas dans la plupart des derbs. On se gare à un point d'accès et on marche, avec charrette pour les bagages. C'est un charme pour le client et une contrainte pour toi : chaque livraison, chaque intervention et chaque arrivée coûte du temps et de la main-d'œuvre. Fais chronométrer le trajet réel avant d'acheter.

Peut-on louer à l'année à Marrakech plutôt qu'en courte durée ?

Oui, et c'est même la logique dominante dans les quartiers résidentiels comme Targa, l'Agdal ou Semlalia. Le revenu est plus régulier, la gestion beaucoup plus légère et le bien s'use moins. En contrepartie, tu perds la haute saison et tu ne peux plus utiliser le logement quand tu viens.

Comment savoir si un quartier est calme sans y avoir dormi ?

Demande à quelqu'un que tu paies d'y passer deux fois, une fois en journée et une fois vers 22 h, et de filmer la rue. Vérifie aussi la proximité d'une mosquée, d'une école, d'un café ouvert tard ou d'un chantier. Ces quatre éléments expliquent la majorité des surprises sonores.

Une piscine augmente-t-elle vraiment la valeur locative ?

Elle élargit fortement le public, surtout en été et pour les groupes. Elle ajoute aussi une ligne de charge permanente et un risque : une piscine mal entretenue nuit plus à la réputation d'un bien qu'une absence de piscine. Ne la compte comme un atout que si son entretien est budgété et confié à quelqu'un.

Vaut-il mieux acheter du neuf en périphérie ou de l'ancien en ville ?

La question à trancher est celle de l'usage. Le neuf périphérique se loue surtout à l'année, à des ménages qui travaillent en ville, et suppose de croire à l'arrivée des services et des transports. L'ancien central capte la demande de séjour mais expose à un risque technique que seule une visite d'expert peut mesurer.

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