Accueil › Dossiers › Binational et terre agricole : la règle
Relevé le 4 août 202676 sources officielles citéesComment ce site est construit

Un binational peut-il acheter une terre agricole au Maroc ?

En deux mots

Oui, mais seulement s'il est reconnu marocain au moment de la vente. La loi réserve les terres agricoles situées hors périmètre urbain aux personnes et sociétés marocaines. Un binational garde sa nationalité marocaine même avec un autre passeport, mais le notaire ou l'adoul doit le vérifier avec une carte d'identité ou un passeport marocain, jamais avec le seul passeport étranger.

Oui, mais seulement s'il est reconnu marocain au moment de la vente. La loi réserve les terres agricoles situées hors périmètre urbain aux personnes et sociétés marocaines. Un binational garde sa nationalité marocaine même avec un autre passeport, mais le notaire ou l'adoul doit le vérifier avec une carte d'identité ou un passeport marocain, jamais avec le seul passeport étranger.

Pourquoi les terres agricoles hors périmètre urbain sont-elles réservées aux Marocains ?

Cette règle vient d'un texte adopté au début des années soixante-dix, qui a retiré aux personnes et aux sociétés étrangères le droit de détenir des terres agricoles situées hors périmètre urbain. L'objectif affiché était de garder le contrôle du foncier agricole entre des mains marocaines, à une époque où une partie importante des terres cultivables appartenait encore à des colons ou à des sociétés étrangères. Le principe n'a jamais été abrogé depuis. Il s'applique aujourd'hui de la même façon : hors périmètre urbain, un terrain classé agricole ne peut changer de propriétaire que vers une personne ou une société reconnue marocaine.

Dans la pratique, c'est la conservation foncière qui bloque le dossier si l'acheteur ne peut pas prouver sa nationalité marocaine, et le notaire ou l'adoul applique la même vigilance avant de signer. La limite entre « hors périmètre urbain » et « à l'intérieur du périmètre urbain » n'est pas une appréciation du vendeur ni de l'acheteur : elle est fixée par le document d'urbanisme de la commune ou de l'agence urbaine concernée.

Un binational reste-t-il marocain pour la loi marocaine ?

La réponse est oui, et c'est le point le plus mal compris par les familles installées à l'étranger. Le droit marocain de la nationalité ne retire jamais la nationalité marocaine à quelqu'un qui en acquiert une autre, sauf démarche volontaire de renonciation, rare et encadrée. Un enfant né à l'étranger d'un parent marocain, un adulte naturalisé dans son pays de résidence, un couple mixte dont l'un des membres a pris la nationalité du conjoint : tous restent marocains aux yeux de l'administration marocaine, même si leur pays d'accueil ne reconnaît pas officiellement cette double appartenance.

Pour l'achat d'une terre agricole hors périmètre urbain, cette continuité change tout : la restriction vise les personnes qui n'ont pas la nationalité marocaine, pas celles qui en portent une seconde en plus de la leur. Un binational n'a donc pas besoin d'une autorisation particulière ni d'une dérogation ; ce qui bloque un dossier n'est presque jamais la double nationalité elle-même, mais l'incapacité, au moment de signer, à démontrer la part marocaine de cette identité.

Quelle pièce d'identité faut-il présenter chez le notaire ou l'adoul ?

La carte nationale d'identité électronique reste la pièce la plus simple, parce qu'elle affiche la nationalité marocaine sans ambiguïté et qu'elle est directement lisible par la conservation foncière. Un passeport marocain en cours de validité fonctionne aussi. Le problème apparaît quand le binational se présente uniquement avec son passeport étranger, par habitude ou parce que sa carte d'identité a expiré depuis son départ du Maroc. Le notaire ou l'adoul demande alors une pièce marocaine, et le dossier attend tant qu'elle n'est pas produite.

Terre agricole au Maroc : qui peut acheter, selon la nationalité prouvée et la position du terrain par rapport au périmètre urbain
Profil de l'acheteurPièce présentéeTerrain hors périmètre urbainTerrain dans le périmètre urbain
Marocain avec une seule nationalitéCarte nationale d'identitéAchat possible, aucune restriction liée à la nationalitéAchat possible, règles d'urbanisme ordinaires
Binational présentant sa carte d'identité ou son passeport marocainCarte nationale d'identité ou passeport marocainAchat possible, traité comme un MarocainAchat possible
Binational présentant uniquement son passeport étrangerPasseport étranger seulDossier suspendu tant que la nationalité marocaine n'est pas prouvéeAchat généralement possible, la restriction agricole ne s'applique pas
Étranger sans lien de nationalité avec le MarocPasseport étranger, aucune pièce marocaineAchat impossibleAchat possible sous les règles ordinaires d'acquisition par un non-résident
Société marocaine à capital majoritairement marocainStatuts et registre de commerce marocainsAchat possible au nom de la sociétéAchat possible
Société à capital majoritairement étrangerStatuts et registre de commerceAchat refusé par la conservation foncièreAchat possible sous les conditions propres aux sociétés étrangères

Le périmètre urbain change-t-il vraiment la règle ?

Oui, mais pas pour la raison que l'on croit. Un terrain classé agricole qui se trouve à l'intérieur du périmètre urbain d'une commune échappe à la restriction réservée aux Marocains, parce que le texte qui fonde cette règle ne vise que les terres situées hors de ce périmètre. Un étranger sans lien de nationalité avec le Maroc peut donc, sous les règles ordinaires d'acquisition par un non-résident, acheter un terrain agricole qui se trouve dans le périmètre urbain, alors qu'il ne pourrait pas acheter le même type de terrain quelques mètres plus loin, hors de ce périmètre.

Et si le binational achète par l'intermédiaire d'une société ?

La même logique de nationalité s'applique, mais elle se déplace sur le capital de la société plutôt que sur une seule personne. Une société marocaine, enregistrée au Maroc et dont le capital est majoritairement détenu par des personnes ou des entités marocaines, peut en principe acquérir une terre agricole hors périmètre urbain comme le ferait un particulier marocain. Dès qu'une part significative du capital appartient à des associés étrangers, ou que la société elle-même est de droit étranger, la même restriction qui viserait un particulier étranger s'applique à la structure, et le dossier est examiné avec la même rigueur par la conservation foncière.

Un point qui reste flou Les textes ne fixent pas de seuil précis de part marocaine au capital d'une société pour autoriser cet achat. En pratique, la conservation foncière apprécie chaque dossier séparément, et un binational associé minoritaire d'une société à capital mixte doit s'attendre à des questions supplémentaires avant la signature.

Où vérifier par toi-même

Ce qu'on nous demande le plus

Un binational doit-il renoncer à sa nationalité étrangère pour acheter un terrain agricole ?
Non. Il doit seulement prouver sa nationalité marocaine au moment de la signature, avec une carte d'identité ou un passeport marocain en cours de validité. L'autre nationalité n'entre pas en jeu.
Que se passe-t-il si la carte d'identité marocaine a expiré depuis longtemps ?
Le renouvellement se fait auprès du consulat marocain à l'étranger ou d'un bureau au Maroc. Sans cette démarche, le notaire demandera un passeport marocain valide ou un certificat de nationalité en attendant.
Un enfant né à l'étranger d'un seul parent marocain peut-il acheter une terre agricole ?
Oui, s'il établit sa nationalité marocaine par filiation, en général avec l'acte de naissance transcrit au Maroc. Sans ce document, il sera traité comme un étranger pour cet achat.
Le conjoint étranger d'un binational peut-il figurer sur l'acte d'achat ?
Un conjoint sans nationalité marocaine ne peut pas être copropriétaire d'une terre agricole hors périmètre urbain, même marié à un Marocain. L'acte est établi au seul nom de l'époux marocain reconnu.
Comment savoir si un terrain est classé agricole avant de le visiter ?
La note de renseignements urbanistiques de la commune ou de l'agence urbaine indique le classement et la position par rapport au périmètre urbain. Elle se demande avant toute négociation sérieuse.
La règle est-elle différente pour un terrain agricole hérité plutôt qu'acheté ?
La succession suit des règles distinctes de la vente, et un héritier binational reçoit sa part sans que sa nationalité marocaine soit remise en cause. Les difficultés apparaissent surtout au moment de revendre à un étranger.
Un binational peut-il contourner la règle en achetant via un proche resté marocain ?
Faire acheter un terrain par un proche pour le compte réel d'un étranger expose les deux parties à l'annulation de la vente si la manœuvre est découverte, et n'apporte rien à un binational déjà reconnu marocain.

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