Accueil › Dossiers › Vendre sa part héritée hors famille
Relevé le 4 août 202683 sources officielles citéesComment ce site est construit

Vendre sa part d'un bien hérité à quelqu'un d'extérieur à la famille : est-ce possible ?

En deux mots

Oui, un cohéritier peut vendre sa part indivise à une personne extérieure à la famille. Mais les autres cohéritiers gardent un droit de rachat prioritaire, la chefaa : ils doivent être notifiés du prix et des conditions exactes, et peuvent racheter la part aux mêmes conditions. Ce droit ne s'éteint qu'après une notification régulière suivie d'un délai légal écoulé sans réaction. Sans cette notification, le droit reste ouvert, même longtemps après la signature de la vente.

Oui, un cohéritier peut vendre sa part indivise à une personne extérieure à la famille. Mais les autres cohéritiers gardent un droit de rachat prioritaire, la chefaa : ils doivent être notifiés du prix et des conditions exactes, et peuvent racheter la part aux mêmes conditions. Ce droit ne s'éteint qu'après une notification régulière suivie d'un délai légal écoulé sans réaction. Sans cette notification, le droit reste ouvert, même longtemps après la signature de la vente.

Un cohéritier peut-il vendre sa part à une personne extérieure à la famille ?

Un bien reçu en héritage appartient à tous les héritiers en indivision. Avant le partage, personne ne possède une pièce ou un lot précis : chacun détient une quote-part abstraite sur l'ensemble, proportionnelle à ce que fixe la loi successorale. Cette quote-part reste un bien à part entière, que son titulaire peut vendre ou transmettre librement, sans l'accord des autres héritiers.

La loi marocaine laisse donc chaque cohéritier libre de céder ses droits indivis à qui il veut, même sans lien de parenté avec la famille. Les autres héritiers ne peuvent pas empêcher la vente elle-même. Ils peuvent seulement se substituer à l'acheteur extérieur grâce à un mécanisme ancien du droit marocain, la chefaa, pensé pour limiter l'entrée d'étrangers dans une indivision familiale.

Qu'est-ce que le droit de préemption des cohéritiers, la chefaa ?

La chefaa est un droit de préemption qui s'applique à toute indivision, pas seulement à l'héritage : elle existait déjà pour des terrains détenus en commun, avant d'être reprise par le code des droits réels. Elle donne à chaque cohéritier la priorité pour racheter la part vendue à un tiers, aux mêmes conditions de prix que celles acceptées par cet acheteur extérieur.

Ce n'est pas un droit de veto. Le cohéritier qui invoque la chefaa ne peut pas bloquer la vente en refusant de payer : il doit réellement racheter la part, au prix convenu avec le tiers, dans le délai prévu. Ce droit ne joue qu'envers un acheteur étranger à la famille, jamais entre cohéritiers.

Comment notifier les cohéritiers avant de vendre sa part ?

Avant que la vente à un tiers devienne définitive sans risque, chaque cohéritier connu doit recevoir une notification formelle, qui mentionne le bien avec sa référence de titre foncier quand elle existe, l'identité de l'acheteur, le prix exact et les conditions de paiement. Une information orale ou approximative ne suffit pas.

Le mode d'envoi compte autant que le contenu. Une notification qui laisse une preuve de réception, par un huissier de justice ou par un acte signifié à chacun, protège la vente contre une contestation ultérieure. Pour un cohéritier installé hors du Maroc, un simple courriel laisse planer un doute sur la date réelle de réception.

Modèle de notification aux cohéritiers Je soussigné, nom du cohéritier vendeur, informe nom du cohéritier destinataire, cohéritier du bien désigné ci-après, de mon intention de vendre ma part indivise à nom de l'acheteur, personne extérieure à la famille. Bien désigné : description et référence du titre foncier. Prix proposé : montant en lettres, payable selon conditions de paiement. Conformément au droit de préemption des cohéritiers, vous pouvez racheter cette part aux mêmes conditions dans le délai légal à compter de la réception. À défaut de réponse, la vente deviendra définitive. Merci d'accuser réception.

Cinq manières de notifier un cohéritier avant une vente à un tiers, et si chacune fait réellement courir le délai de préemption
Situation de notificationLe délai démarre-t-il ?Risque pour l'acheteur
Huissier avec accusé de réception signéOui, dès la remiseFaible après le délai
Acte adoulaire ou notarié signifié à chacunOui, dès la significationFaible si notification complète
Lettre simple, sans accusé de réceptionNon, contestableÉlevé, réception niable
Courriel envoyé à un cohéritier à l'étrangerNon, incertainÉlevé sans suivi formel
Aucune démarche, vente apprise par un tiersNonÉlevé, délai jamais démarré

Quel délai purge le droit de préemption ?

La loi fixe un délai, volontairement court, pendant lequel un cohéritier régulièrement notifié peut exercer son droit de préemption. Passé ce délai sans réponse ni versement du prix, le droit s'éteint : on dit qu'il est purgé, et la vente au tiers devient définitive. C'est cette purge qui sécurise réellement l'acheteur extérieur à la famille.

Ce délai ne commence à courir qu'à partir d'une notification valable, reçue par le cohéritier concerné. Si elle n'a jamais eu lieu, ou si elle a été faite de façon irrégulière, le compte à rebours ne démarre pas. Le droit reste alors ouvert, parfois longtemps après la signature de l'acte.

Que se passe-t-il si la notification est absente ou mal faite ?

Sans notification régulière, le cohéritier lésé peut demander en justice à se substituer à l'acheteur, en remboursant le prix payé et les frais utiles, même après la signature de l'acte et l'inscription de la vente. Le tribunal vérifie alors si une information suffisante et datée est parvenue au cohéritier, et non une simple rumeur familiale.

Cette fragilité retombe sur l'acheteur, qui n'a pourtant commis aucune faute : avant de signer, il a intérêt à demander la preuve que chaque cohéritier connu a bien été notifié dans les formes. Le vendeur, lui, doit conserver chaque accusé de réception dans son dossier, au cas où un cohéritier reviendrait sur l'opération des années plus tard.

Où vérifier par toi-même

Ce qu'on nous demande le plus

Le prix proposé au tiers doit-il être identique pour le cohéritier qui préempte ?
Oui, la chefaa s'exerce aux mêmes conditions de prix et de paiement que celles acceptées par l'acheteur extérieur. Le cohéritier doit réunir cette somme dans le délai fixé, pas un prix négocié à la baisse.
Un cohéritier peut-il refuser la vente sans racheter la part lui-même ?
Non, la chefaa n'est pas un droit de veto. Le cohéritier ne peut qu'acheter la part aux mêmes conditions que le tiers, ou laisser la vente suivre son cours.
Qui doit envoyer la notification, le vendeur ou l'acheteur ?
Les deux peuvent le faire, mais c'est en pratique le vendeur, avec son notaire ou son adoul, qui organise la notification, car il connaît l'identité de tous les cohéritiers.
La chefaa s'applique-t-elle aussi quand la part est vendue à un autre cohéritier ?
Non, ce droit protège l'indivision contre l'arrivée d'un étranger à la famille, pas les ventes entre cohéritiers, où aucune notification de ce type n'est exigée.
Que se passe-t-il si un cohéritier est introuvable au moment de la vente ?
La notification doit malgré tout être tentée par tous les moyens disponibles. Tant que ce cohéritier n'a pas été valablement informé, son droit reste ouvert, parfois longtemps après la signature.
Le vendeur peut-il renoncer à la vente une fois la notification envoyée ?
Oui, tant que l'acte définitif n'est pas signé, le vendeur reste libre de renoncer à la vente, même après avoir notifié les cohéritiers.

À lire juste après

  1. L'héritage indivis, quand le bien appartient à tout le mondeLe bien appartient à tout le monde, donc personne ne décide. Comment en sortir.
  2. La notification envoyée à chaque coindivisaire fait courir son délai de préemption : sans elle, l'achat d'une part de terrain indivis reste contestable.La notification envoyée à chaque coindivisaire fait courir son délai de préemption : sans elle, l'achat d'une part de terrain indivis reste contestable.
  3. Évaluer la part, signer l'acte de cession entre héritiers, payer les frais et inscrire le rachat au titre foncier : les étapes expliquées simplement.Évaluer la part, signer l'acte de cession entre héritiers, payer les frais et inscrire le rachat au titre foncier : les étapes expliquées simplement.
  4. Le partage amiable d'un bien hérité se constate par un acte notarié ou adoulaire : soulte entre héritiers, inscription au titre foncier et frais à prévoir.Le partage amiable d'un bien hérité se constate par un acte notarié ou adoulaire : soulte entre héritiers, inscription au titre foncier et frais à prévoir.
  5. Le Bled Invest explique quand un tribunal marocain ordonne la vente aux enchères d'un bien indivis et comment y participer depuis l'étranger.Le Bled Invest explique quand un tribunal marocain ordonne la vente aux enchères d'un bien indivis et comment y participer depuis l'étranger.